Innocenti Mini : histoire complète de la Mini italienne (1965-1993)

Quand on évoque la Mini, l’image qui vient immédiatement à l’esprit est celle de la petite Anglaise. Pourtant, de l’autre côté des Alpes, une version singulière a vu le jour, plus soignée, plus italienne dans l’âme, et qui a profondément marqué le paysage automobile de la péninsule. Pendant près de trente ans, Innocenti a donné à la Mini un visage et un caractère propres. Retour sur une histoire méconnue.

Des tubes d’acier aux scooters, puis aux voitures

Tout commence en 1933 à Lambrate, dans la banlieue est de Milan. Ferdinando Innocenti y fonde une entreprise spécialisée dans le travail des tubes d’acier. Après la guerre, la société se diversifie et lance les célèbres scooters Lambretta, qui deviennent un symbole de la mobilité populaire italienne. À la fin des années 1950, Innocenti se tourne vers l’automobile. A l’instar de Mini au Portugal, face aux droits de douane élevés qui freinent les importations, British Motor Corporation cherche un partenaire local. L’accord est signé. Après avoir produit sous licence l’Austin A40 et d’autres modèles, Innocenti accueille en 1965 la Mini. Présentée au Salon de Turin, elle marque le début d’une production qui va durer une décennie pour le modèle classique.

Tout comme au Portugal, les premières voitures sortent de l’usine sous forme de kits CKD expédiés depuis le Royaume-Uni. Très vite, Innocenti localise une part croissante de la fabrication : tôlerie, éléments de carrosserie, équipements. Le résultat n’est pas une simple copie. Les Mini Innocenti se distinguent par des détails soignés, des intérieurs mieux finis, des instruments Veglia, des déflecteurs latéraux ouvrants et des adaptations spécifiques au marché italien, comme le logement pour les plaques d’immatriculation carrées ou les feux latéraux. Beaucoup d’amateurs les considèrent encore aujourd’hui comme plus raffinées que leurs cousines britanniques.

Une gamme complète et un succès commercial

La gamme s’étoffe rapidement. On trouve la Mini Minor 850, la Mini T/t en version break (avec bois ou en version métallique), les Mini Cooper 998 cm³ puis, à partir de 1972, la Cooper 1300 de 1 275 cm³. Suivent les Mini 1000 et 1001, les versions Export destinées à d’autres marchés européens, et même une Mini Matic à transmission automatique. Les chiffres de production parlent d’eux-mêmes : selon les sources, entre 380 000 et un peu plus de 430 000 exemplaires de la génération classique ont quitté les chaînes de Lambrate entre 1965 et 1975. C’est le modèle le plus important de l’histoire d’Innocenti. À certains moments, la marque se hisse au rang de deuxième constructeur italien derrière Fiat !

En 1972, British Leyland, qui a succédé à BMC, rachète Innocenti. L’ambition est claire : faire de la filiale italienne un tremplin vers le marché européen. Mais la crise pétrolière de 1973 et les difficultés structurelles de BL viennent rapidement ternir le tableau. La production de la Mini classique s’essouffle et s’arrête en 1975.

La révolution Bertone

Dès 1974, alors que la Mini traditionnelle est encore en production, Innocenti dévoile une version radicalement différente. Dessinée par Marcello Gandini chez Bertone, cette nouvelle Mini abandonne la silhouette classique pour adopter une carrosserie trois portes à hayon, aux lignes anguleuses et modernes. Longue d’environ 3,12 à 3,17 mètres, elle conserve la mécanique A-Series : 998 cm³ et 49 chevaux pour la Mini 90, 1 275 cm³ et environ 65 chevaux pour la Mini 120. Présentée au Salon de Turin, elle offre un gain de praticité évident grâce au hayon, tout en restant fidèle à l’esprit compact et agile de l’originale.

Après le rachat de l’entreprise par Alejandro de Tomaso (avec le soutien de l’État italien via GEPI) en 1975-1976, la production se poursuit sous le nom de Nuova Innocenti. Une version sportive apparaît rapidement : la Mini de Tomaso, équipée d’un kit carrosserie, d’un spoiler, de jantes spécifiques et d’une puissance portée à 71 puis 74 chevaux. La voiture trouve son public en Italie et dans plusieurs pays d’Europe continentale, même si elle reste absente du marché britannique.

Le tournant Daihatsu et les dernières années

En 1982, le contrat de fourniture de moteurs avec British Leyland arrive à échéance. De Tomaso se tourne alors vers Daihatsu. Les blocs 3 cylindres de 993 cm³ (et des versions 2 cylindres de 617 ou 659 cm³, ainsi que des diesels et des turbos) remplacent les moteurs britanniques. La suspension évolue également, avec des MacPherson à l’avant. La voiture change de nom au fil des années : Tre Cilindri, Minitre, 650, 500, 990 (cette dernière avec un empattement allongé). La production de cette génération Bertone se poursuit jusqu’en 1993, totalisant autour de 350 000 exemplaires selon les estimations.

En 1990, Fiat rachète Innocenti. La production automobile propre s’arrête progressivement. L’usine de Lambrate ferme en 1993. La marque survit encore quelques années sur des modèles rebadgés (Yugo Koral, versions brésiliennes de la Fiat Uno), avant de disparaître définitivement vers 1996-1997.

Un héritage qui résiste au temps

Aujourd’hui, les Innocenti Mini occupent une place à part dans le cœur des collectionneurs. Les versions classiques, et plus particulièrement les Cooper 1300 Export, sont recherchées pour leur rareté relative et leur caractère hybride italo-britannique. La génération Bertone, quant à elle, reste un témoignage intéressant de ce que pouvait être une Mini modernisée dans les années 1970 et 1980.
Plus qu’une simple licence de fabrication, la Mini Innocenti a été une interprétation locale réussie d’une icône mondiale. Elle a su conjuguer la mécanique et le concept britanniques avec le goût italien pour le détail et la finition.

Oh bonjour 👋
Ravi de vous rencontrer.

Inscrivez-vous pour recevoir chaque mois du contenu génial dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

NEWSLETTER

Inscrivez-nous à notre newsletter pour recevoir
nos dernières informations.