Le secret de la Mini d’Enzo Ferrari

On imagine tous ‘Il Commendatore’ au volant de ses puissants bolides animés par un V12. Ce serait pourtant oublier la passion d’Enzo Ferrari pour l’automobile dans toute sa diversité, et notamment pour la Mini d’Alec Issigonis.

La Mini d’Enzo Ferrari, l’ombre de la Ferrarina ?

En bref :

  • Fan de la puce : Enzo Ferrari utilisait une Mini Cooper personnelle dans les années 60.
  • Modèle unique : Sa voiture présentait des feux carénés et des finitions de carrosserie exclusives.
  • Lien troublant : Le style de cette Mini rappelle étrangement la « Ferrarina », la petite Ferrari avortée.
  • Designers suspects : Pininfarina et Bertone sont pressentis pour être à l’origine de ces modifications.
  • Duo de choc : Le véhicule aurait été livré à Enzo par Alec Issigonis en personne.

Vous imaginez la scène des années 60/70 dans les rues de Maranello, croiser Enzo Ferrari au volant de la petite icone britannique ! Déroutant ? Pas tant que ça, puisque ‘Il Commendatore‘ conduisait d’autres voitures que ses bolides rouges. Il a possédé des Peugeot, conduit une modeste Fiat 128 et cherchait avant tout dans ces modèles une certaine idée de l’innovation mécanique. C’est d’ailleurs pour les caractéristiques si spéciales de la Mini, avec son moteur transversal, sa suspension indépendante et son gabarit contenu lui octroyant une agilité sans faille que la petite puce trouvait grâce aux yeux d’Enzo Ferrari.

Mais pourquoi donc, Enzo Ferrari s’était pris d’affection pour cette Mini, au point d’en posséder plusieurs ? La clé du mystère pourrait résider dans un projet mort-né de Maranello : la « Ferrarina ». Ce prototype de petite Ferrari (d’une cylindrée inférieure à 1 litre, 854 cc), né d’une collaboration avec l’armurier Piero Beretta, présente une signature visuelle frappante. L’agencement de ses optiques avant est quasi identique à celui de la Mini modifiée d’Enzo Ferrari. Le rapprochement est inévitable : le même designer aurait-il travaillé sur les deux véhicules ? Si Pininfarina semble être le suspect idéal (étant le couturier attitré de Ferrari à l’époque) d’autres pistes évoquent un châssis Bizzarrini et une silhouette signée Bertone pour la version sport (la future ASA).

Monza 1960 – Ferrari 854 ‘Ferrarina’ avec Enzo Ferrari à son volant

Selon les recherches les plus récentes, la Ferrarina aperçue par la famille Beretta était un savant bricolage de Pininfarina, mêlant châssis de Fiat 1200 et panneaux de carrosserie de petits cabriolets sportifs. Mais l’histoire se corse : plusieurs versions auraient existé. Si Pininfarina a probablement « assemblé » le prototype initial, c’est Bertone qui aurait exposé une variante sportive au Salon de Turin en 1961. La Mini d’Enzo Ferrari serait-elle le fruit de ce laboratoire d’idées, un cadeau sur-mesure d’un grand carrossier italien pour séduire le maître de Maranello ?

Une Mini spéciale pour Enzo Ferrari

Quant à la Mini d’Enzo Ferrari, l’examen attentif des photos d’époque révèle des modifications troublantes. Les feux de route sont carénés avec une finesse inhabituelle, les clignotants avant ont été déplacés et les portières arborent des déflecteurs absents des modèles de série. Même la peinture métallisée semble murmurer l’intervention d’une grande Carrozzeria.

Lorsque la version sportive Cooper S apparaît, Enzo Ferrari ne peut s’empêcher d’y succomber. John Cooper racontera plus tard que le ‘Commendatore’ en a possédé trois d’affilée, qu’il emmenait volontiers pour changer d’air dans les collines dès que l’ennui le gagnait. La plus emblématique, une Cooper 1300 S, lui est même remise en personne par Sir Alec Issigonis. Les deux hommes échangent alors sur leur vision de l’innovation, scellant un respect mutuel entre l’ingénieur britannique et le maître de Maranello.

La Mini d’Enzo Ferrari n’avait rien d’un modèle ordinaire. Préparée pour offrir davantage de sensations, elle se distinguait par des antibrouillards intégrés sous les phares, un tableau de bord en noyer et des sièges spécifiques. D’abord peinte en rouge, elle est rapidement repeinte en gris métallisé, Enzo Ferrari estimant avec son aplomb habituel que « le rouge n’appartient qu’aux Ferrari ». Ironie du destin : des années plus tard, elle retrouvera sa teinte écarlate. Le moteur, lui, avait été retravaillé pour atteindre 153 km/h.

Après avoir servi Enzo Ferrari, puis son fils Piero, la petite anglaise est offerte à Giuseppe Navone, ancien vainqueur des Mille Miglia et responsable des essais chez Ferrari. Aujourd’hui encore, on raconte que cet exemplaire singulier roule toujours. Si la voiture qui a transformé la mobilité urbaine a su séduire l’homme qui a façonné la légende des circuits, c’est bien qu’elle dépassait largement son statut de « petite voiture ».

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