Christian Karg (Head of Driving Dynamics BMW Group) : « Le feeling MINI, on le sent dès le premier virage »
Rencontre avec l’homme qui orchestre le comportement dynamique de toute la famille MINI, Christian Karg. Il revient, pour EspritMINI.fr sur les 25 ans d’évolution du châssis, et l’impact de l’électrification. C’est lui qui veille à ce qu’une MINI continue de procurer ce sentiment de karting (go-kart feeling) dont on parle tant.
EspritMINI.fr : Au cours des 25 dernières années, comment l’approche du réglage châssis a-t-elle évolué chez MINI, tout en restant fidèle à l’ADN de la marque ?
Christian Karg : « En 25 ans, l’ingénierie et la connaissance de l’intégration fonctionnelle de tous les systèmes de la voiture ont énormément progressé. Nos standards sont aujourd’hui beaucoup plus élevés. L’élément le plus important pour un châssis reste la caisse en blanc, sa rigidité, sa structure, indépendamment du fait qu’il s’agisse d’un Cabriolet ou non. Nous disposons donc d’une expérience très approfondie pour démarrer tôt avec un bon concept, puis développer cette voiture afin de retrouver ce go-kart feeling typiquement MINI, en utilisant tous les systèmes du châssis dans une combinaison juste. »
Tout le monde parle du go-kart feeling MINI. D’un point de vue ingénierie, qu’est-ce que cela signifie réellement aujourd’hui ?
Christian Karg : « Tout le monde sait comment se conduit et se ressent un kart. L’objectif, c’est de retrouver immédiatement, dès que vous montez à bord d’une MINI, cette sensation de précision et de prévisibilité. Dès les premiers virages, vous sentez tout de suite : ce n’est pas une voiture normale, c’est une MINI. Et même si vous prenez une simple Cooper, vous percevez cet ADN qui est profondément ancré dans notre développement, et qui s’exprime sur la durée par la combinaison du châssis avec le moteur. »

Quand on passe d’une MINI thermique à une MINI électrique, qu’est-ce qui change le plus dans la façon de régler le châssis et l’expérience de conduite globale ?
Christian Karg : « Comme je le disais, tout commence par la mise au point du body in white, la caisse en blanc. Bien avant les premiers essais, nous passons des mois à améliorer l’ensemble du système, à travailler la rigidité de la caisse, puis à intégrer les composants. Évidemment, il faut prendre en compte le surcroît de poids lié à l’électrification, mais nous savons comment ces éléments interagissent. C’est ce que nous appelons l’intégration fonctionnelle de tous les systèmes. L’objectif final, c’est qu’une MINI électrifiée se conduise aussi naturellement qu’une thermique et reste, immédiatement, une MINI. »
Est-ce principalement une question de poids, ou est-ce que d’autres facteurs (répartition des masses, centre de gravité, délivrance du couple) comptent tout autant ?
Christian Karg : « Tout dépend de la technologie utilisée. Nous faisons face à plusieurs types de défis. La répartition des masses, le centre de gravité, oui, mais surtout, comme je le mentionnais, la rigidité de la caisse elle-même. Parce que si vous intégrez un pack batterie dans le plancher, la structure de la voiture est totalement différente de celle d’une thermique. C’est honnêtement le grand défi. Mais comme je le disais, nous commençons tôt à étudier la façon dont la rigidité, à l’avant comme à l’arrière, fonctionne de manière cohérente. »
Sur la nouvelle MINI Cooper S Cabriolet, on ressent davantage de remontées de couple dans la direction que sur la génération précédente. Qu’est-ce qui explique ce choix ?
Christian Karg : « Sur une traction, vous pouvez toujours appliquer des correctifs électroniques pour filtrer, voire neutraliser la direction. Mais ce n’est pas notre philosophie. Nous voulons que vous ressentiez ce qui se passe aux roues, la puissance qui passe au sol. Même dans une MINI, surtout dans une MINI, le conducteur doit immédiatement sentir le travail des ingénieurs sur le châssis, et retrouver ce caractère naturel. Bien sûr, nous pourrions tout filtrer, mais notre philosophie est de donner au conducteur un peu plus de sensations qu’ailleurs. »

Le cabriolet nécessite-t-il une philosophie de réglage châssis différente de la berline trois portes, en raison de sa structure de caisse et de son caractère spécifiques ?
Christian Karg : « La philosophie est très claire. Indépendamment du fait que vous ayez un Cabriolet ou une carrosserie fermée, c’est la même philosophie : retrouver le feeling MINI dans la voiture. D’un point de vue physique, oui, c’est la même discussion que tout à l’heure : un Cabriolet électrifié a une caisse en blanc différente, une rigidité différente. Vous avez un vrai défi pour équilibrer cela. Mais la philosophie, elle, n’est pas différente. »
Aujourd’hui, comment équilibrez-vous le confort, les exigences de sécurité et les systèmes d’assistance électroniques avec le caractère de conduite emblématique de MINI, sans rendre la voiture trop filtrée ?
Christian Karg : « C’est exactement le rôle de l’intégration fonctionnelle. Il y a énormément de paramètres à considérer dans le développement. Au final, nous essayons de tout faire converger : chaque système, chaque exigence (qu’elle vienne de la réglementation, des standards de sécurité ou des évolutions du marché) doit s’intégrer professionnellement à l’ensemble du développement de la voiture. Il n’y a aucun compromis sur la promesse MINI. Nous gardons en tête, par exemple, la sécurité passive en cas d’accident : elle est totalement intégrée au système, sans compromettre le résultat final en matière de dynamique et de plaisir de conduite. C’est un travail quotidien d’intégration de toutes les exigences pour livrer un produit premium.
La sécurité, en particulier dans cette famille, est à un niveau très élevé. Toutes nos voitures décrochent les cinq étoiles aux crash-tests Euro NCAP. Nous faisons un excellent travail pour réunir tout cela avec nos propres standards. Mais ce niveau de sécurité exceptionnel apporte du poids, et c’est le défi quotidien : combien de masse on accepte dans la voiture, combien d’adhérence on apporte à l’avant et à l’arrière. La répartition des masses évolue tout au long du développement, et il faut constamment veiller à ce que tout fonctionne harmonieusement, sans perdre cette expérience de conduite si particulière. »
Pour vous personnellement, quelle est LA sensation qu’une MINI doit absolument délivrer dans les premiers virages pour que vous disiez : « oui, c’est une vraie MINI » ?
Christian Karg : « L’expérience d’une MINI commence avant même que vous démarriez. L’ergonomie, la façon dont vous vous installez à bord. C’est un sujet majeur, bien avant de tourner la clé, bien avant le premier virage. Parce que cette ergonomie vous fait sentir, comme je le disais, dans une vraie MINI : vous avez l’impression d’être assis dans un kart. Ensuite vient l’expérience réelle, sur route : la façon dont la voiture se comporte, sa prévisibilité, la précision avec laquelle vous pouvez la placer. Et dès le second virage, vous savez immédiatement comment choisir votre trajectoire, comment trouver le bon angle. »
Personnellement, « le feeling MINI, c’est, quand je prends le premier virage avec ma MINI, un sourire qui se dessine sur mon visage »
Christian Karg : Voilà, c’est ça : un sourire. »
Avec des groupes motopropulseurs électriques qui apportent de plus en plus de couple, peut-on imaginer un jour une MINI trois portes en transmission intégrale ?
Christian Karg : « Quand on parle de l’avenir, il ne faut jamais dire jamais. Mais aujourd’hui, je pense que dans notre famille MINI, nous avons déjà fait un bon choix. Si vous souhaitez une voiture en transmission intégrale, la Countryman correspond parfaitement à cet usage. C’est un excellent choix, que ce soit pour le comportement ou la conduite dans des conditions difficiles, particulièrement la neige. La parfaite adéquation avec notre Countryman, c’est notre vraie proposition.
Je me bats pour chaque kilo dans la voiture, pour la garder légère. Mais les exigences de sécurité, les standards d’homologation à respecter sur les différents marchés, tout cela ajoute du poids. Sans parler des attentes des clients en matière de systèmes numériques, qui font grimper la consommation d’énergie et aussi la masse. C’est donc un souhait fort de garder la MINI, particulièrement la MINI trois portes, aussi légère que possible. Comme si le client conduisait une MINI originelle, celle qui a fait le succès de la première voiture. Vous voyez comme les voitures grossissent ; nous, nous voulons tenir cette promesse. C’est comme une empreinte, une empreinte légère, cette authenticité qu’on ne trouve que dans la MINI. »
Une conclusion ?
Christian Karg : « Nous essayons d’être authentiques pour livrer ce type de voitures à nos clients. Parce que l’idée, c’est de faire sourire les gens dans la voiture. Et si je vois les gens sourire au volant, je sais que j’ai bien fait mon travail, que je peux leur transmettre cette addiction à la marque. Certains membres de mon équipe font ce métier depuis plus de 20 ans. Ils ont l’expérience des évaluations dès les toutes premières MINI, et ce savoir, cette expérience, nous les injectons dans chaque nouveau modèle. C’est l’avantage d’être au sein du BMW Group, et particulièrement chez MINI : nous pouvons toujours délivrer cette promesse. »
En complément.
Lors de nos tests des MINI JCW thermiques et électriques, nous avions noté une différence de comportement assez importante, ce qui nous fait penser qu’il y a deux écoles de réglages.
La JCW thermique offre un meilleur compromis au niveau du confort, avec un gain net de verrouillage et de précision à l’inscription en courbe.
Pour la JCW électrique, MINI a dû « adapter les suspensions » pour absorber les 320 kg de pack batterie. Le résultat est moins équilibré : sautillements en permanence sur autoroute et voies rapides à la moindre irrégularité. En revanche, dès qu’on bascule sur route sinueuse, le grip devient bluffant, au point que la limite d’adhérence devient difficile à percevoir,. Attention aux excès de confiance.
Propos recueillis par Philippe HORTAIL